LE COMPLOT DES PIGEONS
28 Dessins à l’encre sur papier.
21X 29,7 cm.
2011.
Cette série de dessins s’inspire de la correspondance carcérale de mon grand-père, arrêté en 1952 pour atteinte à la sûreté de l’État. Entre « enluminures » et « falsifications de documents », ces œuvres matérialisent l’expérience du temps, tant à travers le sujet évoqué que dans leur processus de création. Au rythme de la détention, différents registres de langue — du familier à l’administratif — se confrontent et dialoguent, mêlant formules de politesse et maladresses orthographiques. À travers des représentations de documents officiels, de lettres tachées, de pliures et de censures (tampons, surlignages, caviardages), la matière graphique s’estompe et s’efface. Chaque fragment devient alors le lieu d’une tension entre la grande histoire politique et l’intimité d’un vécu.
« Nicolas Aiello a capté de sa main de dessinateur ce qui échappe généralement au regard, ce moment d’effacement. Il s’est fait l’archiviste de cet autre événement qu’est l’oubli. Avec une patience infinie, un souci quasi maniaque, il a enregistré ce que l’on ne voit pas ou que l’on ne peut voir, l’évasion des signes. C’est un geste précieux que de consigner le temps et son travail sur nos mémoires. Seul l’artiste a ce pouvoir de déplacer soudain le regard, de nous faire voir autrement, nous montrer là où quelque chose est entrain de changer sans que notre oeil ne le perçoive. Aiello par vingt-huit dessins qui composent comme un puzzle volontairement fragmentaire nous fait approcher de cet événement mystérieux qu’est l’oubli. Il prend ainsi à revers la très rebattue question de la mémoire et de son lot de monuments et autres plaques pour nous offrir ces simples feuilles de formats multiples, les unes jaunies, les autres plus blanches, ces pièces irréelles parce qu’y figurent parfois le recto et le verso ; l’artiste découvre ces documents qui n’existent pas. Il nous emmène par cette œuvre dans ce lieu terrible et magique de notre imaginaire, cette prison où l’on perd les repères du temps, où ce qui était écrit lentement à force de l’user du regard inscrit un autre récit qu’il nous appartient patiemment de découvrir ; à nous de nous y aventurer, de prendre à notre tour, à l’invitation d’Aiello ce risque. »
Texte de Philippe Artières, Le complot des pigeons (Lendroit Éditions)
Édition Le Complot des pigeons, Lendroit Éditions.


























